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La crise financière que nous traversons actuellement et qui a de graves conséquences sur l’économie de la planète a des causes d’ordre économique auxquelles il est urgent de remédier ; mais elle a, en plus, des causes morales, pour lesquelles il est peut être plus facile d’agir.

 

Parmi les leviers moraux que l’on peut mobiliser, il y en a deux qui sont intimement liés, l’engagement et la solidarité. J’entends le mot solidarité dans le sens ou chacun est solidaire de l’autre par envie d’agir pour une réussite commune.

 

La voie de l’engagement est celle de l’excellence depuis très longtemps. Et pour remonter au cinquième siècle avant Jésus Christ, je vais faire appel à Jacqueline de Romilly, interpellée sur ce point récemment : « L’exemple de la Grèce antique, dans sa simplicité, nous aide souvent à comprendre le présent. C’est ainsi qu’Hérodote au livre V – 78 dit tout naturellement que les Athéniens lorsqu’ils travaillaient pour un maître ne se donnaient aucune peine et qu’aussitôt libérés, travaillant pour eux-mêmes, ils firent un grand effort et connurent de grands succès. Ceci se traduisit d’ailleurs dans les faits puisque d’abord la liberté et l’enthousiasme des combattants rendaient compte de succès des Grecs contre un envahisseur bien plus nombreux et que bientôt la démocratie à Athènes coïncida avec un effort extraordinaire dans tous les domaines et en particulier dans le domaine culturel où apparaissent alors tous les chefs d’œuvre ».

  

  

Il est intéressant de voir le contraste avec ce qui s’est passé au siècle suivant, où l’on a essayé de retrouver l’ardeur non pas en encourageant l’engagement mais en critiquant les citoyens. Là encore, le témoignage de Jacqueline de Romilly dans son ouvrage « L’élan démocratique dans l’Athènes ancienne » est clair : « Au siècle suivant, Démosthène s’est efforcé en vain d’animer le zèle de ses concitoyens ; il leur fait quantité de reproches ; et le fait est que, dans la lutte contre Philippe, l’élan démocratique n’entraîne plus la cité ».

 

On voit bien que seule la voie de l’engagement est celle de l’excellence. Et on va très vite s’apercevoir qu’il en est ainsi dans tous les domaines où les Hommes se livrent à une activité commune dans un but commun.

 

Au niveau sportif, on a tous en mémoire de grandes équipes fortes de solides moyens financiers et qui ne connaissent pas les succès espérés. On se souvient, en revanche, d’équipes sortir parfois victorieuses de compétitions les opposant à des adversaires d’un rang théoriquement bien supérieur, en raison d’un niveau d’engagement exceptionnel.

 

La voie de l’engagement peut aussi faire des miracles en terme d’enseignement. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui a permis à de nombreux pays de progresser ? On se souvient tous de professeurs qui savaient solliciter l’attention et encourager la participation, faisant ainsi  naître, chez chacun de leurs élèves, ce désir d’apprendre et de se distinguer qui est si précieux.  Leur niveau d’engagement était tel que l’on pourrait presque dire qu’ils avaient la Foi en leur métier.

 

On pourrait parler de nombreuses activités où le sens de l’engagement est tellement développé que l’on va parfois jusqu’à parler de… vocation !

 

La voie de l’engagement est aussi celle de la performance dans le domaine économique, à commencer par le cœur vital de l’économie : l’entreprise.

On s’est depuis longtemps aperçu que l’entreprise était d’autant plus performante que les salariés et les dirigeants avaient une même affection pour la société, qu’ils poursuivaient ensemble un objectif commun : la réussite de l’entreprise.

On a essayé de provoquer de l’engagement avec la participation. Les succès sont variés car, là, l’outil de motivation est avant tout financier. Si la participation est associé à une gestion des ressources humaines exceptionnelle, il est possible de tendre vers la perfection en termes d’engagement. Si elle est seule, elle n’est pas suffisante.

Le principal levier d’engagement est avant tout managérial, au sens très large du terme. Il peut s’exprimer à travers une expression claire de l’importance et de l’utilité de l’activité du salarié, une considération franche, une communication des objectifs de l’entreprise, une expression authentique d’encouragements, une certaine liberté d’action qui aide à percevoir la réalité de la confiance…

 

La voie de l’engagement présente, en plus de la culture de l’excellence, un autre avantage, tout aussi utile, actuellement, sur le plan sanitaire.

En effet, les risques en terme de santé inhérents à la crise financière sont bel et bien réels.

Ainsi, la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, le 9 octobre 2008, confirmait ce point de vue : « Nous ne devrions pas sous-estimer les turbulences et les conséquences probables de la crise financière. Il ne faudra pas être surpris de voir plus de personnes stressées, plus de suicides et plus de désordres mentaux ».

Parallèlement, l'American Psychological Association a rendu publique une enquête annuelle prouvant l’importance de l’impact de la crise financière sur le niveau de stress…

Or, l’engagement, par la motivation qu’il induit, provoque du plaisir, le plaisir que l’on éprouve quand on prend conscience que l’on est un des acteurs d’une réussite collective qui nous dépasse.

Or, le plaisir, nous protège notamment des effets toxiques du stress ; une récente étude vient de montrer que le plaisir diminue la sécrétion de cortisol, une des hormones du stress, et augmente la libération d’hormones de croissance, protectrices de l’immunité, et d’endorphines, sources de bien-être.
 

  
Cet aspect positif de l’engagement sur la santé explique les propos de Hans Selye, le premier chercheur à décrire le phénomène de stress. Hans Selye proposait, pour diminuer la toxicité du stress, « l’altruisme égoïste ».

Ce même aspect permet de bien comprendre le rôle d’un des outils de « La valise du bonheur » : s’engager dans une cause d’intérêt général. Cette action de santé publique menée au Canada montre que « si l’on fait le bien, on se fait du bien ».

L’engagement provoque du plaisir et le plaisir nous protège !

C’est parce que le plaisir protège que l’Université de Liège en Belgique, conseille à ses étudiants de recourir à des petits plaisirs pour mieux résister au stress. « Ces menus plaisirs sont à déguster sans modération ; ils stimulent notre production d’endorphines et contribuent à nous assurer un bien-être indispensable ». C’est le même principe qui fait dire à Ethel Roskies, docteur en psychologie à l’Université de Montréal : « Un plaisir par jour chasse le stress » !

 

On a vu que l’engagement, en accroissant le zèle, était source de performance, voire même d’excellence. On a pu constater que l’engagement de chacun est aussi source de bien-être.

Dans le domaine économique, pour que la sortie de crise se fasse par le haut, il faut que le plus grand nombre possible de dirigeants d’entreprise cultivent l’engagement, qu’ils en fassent une règle de… vie !

Que ceux qui sont d’ores et déjà convaincus, qui se sentent responsables de l’état de santé des salariés et de l’essor de l’économie, se comportent comme les missionnaires de l’engagement, ils réaliseront alors une véritable contagion du bien.

 

 

                                                                                                                                    Philippe Rodet

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L'engagement au secours de la crise !