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Traitement du stress

Il convient de différencier le stress aigu, où là, les thérapies classiques s’avèrent efficaces (bêta bloquants, anxiolytiques, etc.) du stress chronique. L’impossibilité de prendre des médicaments à vie et le fait qu’il soit difficilement envisageable de mettre 30 millions de nos concitoyens sous un traitement contre le stress impose de réfléchir à de nouvelles stratégies.

 

Traitement médicamenteux du stress aigu :

 

Les traitements médicamenteux doivent essentiellement être destinés à reprendre le contrôle de la situation. Leur indication principale est essentiellement la phase aiguë et, bien sûr, l’urgence.

Il s’agira donc dans un premier temps de « corriger » la phase aiguë du stress grâce à des médicaments mais très rapidement de mettre en place, avec le patient, des stratégies comportementales lui permettant de vivre mieux et de pouvoir, doucement, se passer de cette « béquille » chimique.

Cette phase de sevrage du traitement médicamenteux est très complexe et le fruit de nombreux échecs. Procéder à un arrêt brutal du traitement est illogique et peut même s’avérer dangereux. Il conviendra donc d’envisager le sevrage sur une longue période avec une diminution très progressive et associée à la culture, en parallèle, d’une puissante source de motivation.

Si l’on ne trouvait ni source de motivation, ni source d’engagement, et si on avait le choix entre vivre avec du stress et vivre sans stress avec un traitement, il semblerait préférable de privilégier la deuxième hypothèse tant ce phénomène est destructeur pour notre organisme. Il devrait, en revanche, s’agir là de cas exceptionnels, éventuellement sous-tendus par des pathologies associées, lesquelles devraient être repérées et traitées.

La volonté de privilégier des traitements à court terme s’explique par le fait que les médicaments agissent eux aussi par le biais de récepteurs qui à long terme augmenteraient en nombre et perdraient de leur sensibilité. Il faudrait donc augmenter les doses pour obtenir un effet identique ce qui reviendrait à majorer les effets secondaires sans pour autant renforcer les effets recherchés.

Lorsque le traitement du stress au long cours est abordé, il ne comprend pas le traitement des troubles du sommeil ayant des origines autres que le stress.

Les médicaments qui agissent à différents niveaux sur le stress lorsque celui-ci nécessite une thérapie chimique sont groupés en plusieurs grandes familles : les bêta-bloquants, les anxiolytiques, les antidépresseurs, les neuroleptiques.

 

                                               

 

Les bêta-bloquants :

Comme leur nom l’indique, ces médicaments agissent au niveau des récepteurs « bêta » répartis dans notre organisme. On a vu que le stress entraînait la libération d’adrénaline et de noradrénaline. Ici, leur action est rendue moindre puisque certains récepteurs « bêta » seront rendus inopérants par le médicament. Il existe deux grands groupes de bêta-bloquants, ceux qui agissent essentiellement sur les récepteurs « bêta » de notre cœur, les « cardio-sélectifs »   et ceux qui agissent sur l’ensemble des récepteurs « bêta » de notre organisme. Les bêta-bloquants « cardio-sélectifs » relèvent du domaine de la cardiologie. Les  autres sont en revanche plus couramment utilisés dans le traitement du stress.

Il existe trois types de récepteurs bêta, les plus classiques sont les récepteurs « bêta 1 » et « bêta 2 ». Les molécules dites « cardio-sélectives » agissent essentiellement sur les récepteurs « bêta 1 », les autres sur les récepteurs « bêta 1 » et « bêta 2 ». Mais la frontière n’est, bien sûr, jamais absolue.

La caractéristique des bêta-bloquants, surtout s’ils ne sont pas « cardio-sélectifs », réside dans le fait qu’ils vont agir sur des récepteurs « bêta » répartis sur l’ensemble de notre organisme, y compris ceux  des bronches, pouvant ainsi, dans de très rares cas, provoquer leur resserrement. Ce n’est bien sûr pas systématique.  Toutes les  personnes qui prennent des bêta-bloquants ne font pas de crise d’asthme dans la foulée.  Les effets secondaires des médicaments sont par définition rarissimes mais on s’abstiendra de les prescrire chez des patients sujets à l’asthme. Les bêta-bloquants ont pour autre effet d’agir sur la conduction cardiaque, c'est-à-dire sur la transmission de l’influx nerveux de notre cœur, entre les oreillettes et les ventricules. De ce fait, ils ne devront pas, d’une manière générale, être prescrits chez des patients présentant une déficience à ce niveau.

Leur grand intérêt est de gommer une partie des effets du stress sans pour autant avoir d’effets vraiment sédatifs. Lorsque leur prescription relève de la lutte contre le stress, ils sont souvent prescrits à posologie basse présentant ainsi l’avantage de diminuer la probabilité de voir apparaître des effets secondaires.

 

Les anxiolytiques :

Ils agissent sur les récepteurs « gaba », récepteurs non encore évoqués à ce stade. Le « gaba » (Acide Gamma Amino Butyrique) est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central. Il a donc une influence apaisante sur le cerveau. Or, les anxiolytiques font partie des substances qui viennent se fixer sur les récepteurs « gaba », potentialisant alors son action D’autres substances agissent de la même manière sur ce récepteur. Il s’agit notamment des barbituriques et de l’alcool, ce qui explique leurs effets anxiolytiques. C’est aussi ce qui explique que la consommation d’alcool est déconseillé pendant la prise d’anxiolytiques car elle potentialise leur action en se fixant, sur un site différent, mais du même récepteur « gaba ».

La famille des  anxiolytiques, la plus utilisée actuellement, est celle des « benzodiazépines ». Les molécules sont très nombreuses, avec des pouvoirs anxiolytiques plus ou moins isolés ou au contraire associés à des effets hypnotiques. Un autre élément différencie ces molécules et tient à leur demi-vie (temps nécessaire pour que la concentration du médicament dans le sang diminue de moitié), certaines ayant une demi-vie relativement courte de l’ordre d’une douzaine d’heures, d’autres plus longue de l’ordre de quatre vingt heures. En fonction du type de troubles, de leur moment de survenue, le praticien recourra à des molécules anxiolytiques plus ou moins hypnotiques et de demi-vie plus ou moins longue.

Les deux problèmes majeurs attachés aux benzodiazépines sont la dépendance et l’accoutumance.

La dépendance est la difficulté à arrêter la prise de la molécule en raison de la survenue d’une sensation de manque. L’accoutumance est le besoin d’augmenter la dose pour obtenir l’effet initialement atteint.

Il semblerait que la dépendance provienne de l’adaptation des récepteurs « gaba », adaptation qui irait dans le sens d’une augmentation de leur nombre sous l’effet de la stimulation continue par les benzodiazépines, certains passant au repos si bien que le pourcentage de récepteurs stimulés chuterait. Par contre lors de l’arrêt du traitement, le nombre de récepteurs gaba serait tel que l’état de manque se ferait vivement sentir.

Quant à l’accoutumance, elle résulterait, en majeure partie, de la perte de « sensibilité » des récepteurs gaba et nécessiterait de ce fait une augmentation de la posologie pour obtenir un effet identique.

Ceci posé, il est évident que, dans des phases aiguës, le recours à ces molécules est indispensable et d’une très grande utilité.

Comme pour tout médicament, il serait absurde, à la vue des effets secondaires, d’oublier l’intérêt premier. En outre, tout médicament actif a des effets secondaires.

A la vue des phénomènes qui conduisent à la dépendance, on comprend pourquoi l’arrêt brutal d’un traitement pris au long cours serait dangereux et n’est absolument pas à envisager sans un avis spécialisé.

Enfin, il est important de noter que l’ajout de ces médicaments aux thérapies spécifiques lors des traitements de pathologies liées au stress est parfois indispensable pour optimiser les résultats.

Enfin, certains anxiolytiques comme, par exemple le diazépam, semblent particulièrement actifs contre l’effet immunosuppresseur du stress.

 

Les antidépresseurs :

Leur indication est limitée aux cas où le stress agit comme le révélateur d’une dépression sous jacente. Il conviendra donc ici, de traiter la dépression qui constitue la cause et pas seulement son mode d’expression qui est le stress. Ils ne seront donc abordés ici que de manière succincte.

Il existe  plusieurs familles de médicaments antidépresseurs, classées  selon leur mode d’action.

Les deux plus grandes familles sont les « inhibiteurs de la recapture » et les « inhibiteurs de la Mono Amine Oxydase ».

Les inhibiteurs de la recapture augmentent la concentration des neuromédiateurs présents dans la fente synaptique en évitant que ceux-ci soient « recaptés » par la fibre présynaptique pour qu’ils passent ainsi en plus grande quantité au niveau de la fibre postsynaptique. Ces molécules peuvent concerner la « recapture » d’un seul, de deux ou de trois neuromédiateurs.

Les « inhibiteurs de la Mono Amine Oxydase » empêchent la destruction des neuromédiateurs par une enzyme, la Mono Amine Oxydase. Comme le neuromédiateur est moins détruit, il passera en plus grande quantité au niveau de la fibre post synaptique. Cette variété d’inhibiteurs est couramment désignée par ses initiales (I.M.A.O.).

 

Petit rappel sur la transmission d’un neuromédiateur, par exemple la noradrénaline.

 

Une fibre nerveuse, pour transmettre une information à une autre fibre nerveuse, utilise un neuromédiateur. Le lieu de la transmission, entre les deux fibres, se dénomme synapse. Le neuromédiateur est libéré par la fibre initiale, appelée pré-synaptique et va aller au contact des récepteurs de la fibre suivante. Là, déjà, quelques principes importants doivent être pris en compte.

La majeure partie du neuromédiateur n’est pas utilisée et va être « recaptée » par la fibre initiale ou détruite par une enzyme.

 

         

 

Si, par le biais de médicaments, on augmente de manière prolongée la concentration d’un ou plusieurs neuromédiateurs dans l’espace synaptique, les récepteurs de la fibre réceptrice auront tendance à diminuer leur sensibilité et à augmenter leur nombre, venant en quelque sorte contribuer à réguler l’hyperstimulation. En effet, l’augmentation du nombre des récepteurs permet à certains d’être au repos, si bien que le degré de stimulation diminue. Cette régulation n’est bien sûr que partielle.

 

 

Les neuroleptiques :

Ce ne sont pas, par définition, les molécules types de la lutte contre le stress. Je les cite toutefois en raison du puissant effet anxiolytique de certaines familles de ces médicaments et en raison de leur efficience sur les troubles de l’immunité générés par des agressions d’ordre psychique. Dans le cas du traitement du stress, le recours à ces médicaments ne peut concerner que des troubles majeurs, réagissant mal aux anxiolytiques, et à des posologies infimes, introduites sur des durées très brèves.

 

 

Traitements non médicamenteux du  stress aigu :

On regroupera ici les règles hygiéno-diététiques et la culture de la motivation.

 

Les règles hygiéno-diététiques :

 

Consommer l’énergie :

L’expression « consommer l’énergie » n’est pas très juste mais illustre bien la nécessité, pour éviter la toxicité du stress, de « consommer » les substances dont il induit la libération.

On l’a vu, le stress aigu, est d’autant moins toxique qu’il s’accompagne d’une dépense d’énergie qui permet de « consommer » les molécules sécrétées.

Il est donc impératif de trouver les moyens de consommer l’excès de substances sécrétées pour éviter leur toxicité.

Si durant la journée de travail, on est victime d’un stress d’origine psychique et si on rentre à son domicile en voiture ou en transport en commun, les molécules ainsi libérées ne sont pas consommées et exercent leur toxicité. Si on a une activité physique modérée pour rentrer chez soi, on consomme une partie des molécules sécrétées en excès et on annihile une grande partie de la toxicité du stress. Faire quelques kilomètres à pied, par exemple, est parfaitement adapté.

 

Equilibrer les apports :

On a vu que le stress favorise la sécrétion de cortisol et d’aldostérone, molécules qui, l’une comme l’autre, entraînent une rétention de sel et donc d’eau par nécessité d’équilibrer les concentrations. Une alimentation peu riche en sel serait donc logiquement préférable. Attention, il ne s’agit pas de ne plus consommer de sel car cela induirait d’autres problèmes.

De même, le cortisol tend à provoquer une augmentation du taux de sucre dans le sang. Une alimentation peu riche en sucres serait donc également indiquée.

Il est aussi conseillé d’éviter d’accumuler des activités qui provoquent des déséquilibres identiques. On a vu par exemple que le stress chronique et le sport de haut niveau provoquent des dérèglements neuro-hormonaux identiques. Une activité physique très intense chez un patient victime d’un stress majeur au travail n’est pas forcément la meilleure association possible.

De même, les rayonnements solaires, le tabac, la pollution favorisent la formation de radicaux libres. Il en est de même pour le stress. Il n’est donc pas très logique, qu’une personne victime de stress d’ordre psychique,  s’expose de manière intense au soleil,  fume...

Un patient victime de tels stress aurait même intérêt à recourir, de manière modérée, à des substances qui ont une action antioxydante telles que la vitamine E (huile d’olive), la vitamine C (fruits et légumes frais), les caroténoïdes (carottes, melons, tomates), les polyphénols (thé vert, soja), les oméga-3, le ginkgo biloba, la papaye fermentée, les myrtilles, etc.

Le 29 juin 2007, sur le site I.M.A.G.E. (Institut Médical Anti Age et Esthétique), le docteur Elisabeth Levesque précise l’influence du stress dans la formation de radicaux libres.

« Sous l’influence du soleil, du tabac, du stress, de la pollution, ou d’une alimentation déséquilibrée, nos cellules s’abîment et se rouillent. Ce phénomène bien connu aujourd’hui sous le nom de stress oxydatif serait la principale cause du vieillissement et de l’apparition de plus de deux cents pathologies allant de l’artériosclérose au cancer en passant par le diabète et les maladies inflammatoires ».

En résumé, de la marche, du bon sens (éviter les coups de soleil,  le tabac) et une alimentation peu riche en sels et en sucres mais suffisamment variée pour contenir des sources naturelles d’antioxydants, permettraient de diminuer considérablement la toxicité du stress.

 

La culture de la motivation :

 

Christian Lemoine, le Président fondateur du CRECI (Centre de Recherche et d’Études sur la Communication Industrielle) disait dans ses conférences, « un homme qui est en route vers un projet qui le passionne est invulnérable à l’accident et à la maladie ». Il prétendait aussi que « la motivation est un produit qui se fabrique ».

Et, à la caricature près, à quelques nuances prêts, il avait raison !

Lorsque l’on motive quelqu’un, on va faire intervenir au niveau de son cerveau différents neuromédiateurs dont la dopamine.

La dopamine est à l’origine du plaisir propre à la motivation.

Et, lorsque l’on éprouve du plaisir, on corrige une grande partie des effets toxiques du stress !

Qu’elle soit induite par un engagement dans une action que l’on considère d’une grande utilité ou par un management respectueux de l’être humain au niveau de l’entreprise, la motivation est donc bien l’un des moyens d’éviter la toxicité du stress.

L’association de l’engagement et d’un management qui considérerait que « le véritable capital de l’entreprise, c’est l’Homme », produirait des effets très intéressants.

 

Huit règles pour développer la motivation :

 

1°) Fixer un objectif final et deux objectifs intermédiaires :

L’intérêt de fixer deux objectifs intermédiaires contribue à prouver à la personne qu’elle va dans la bonne direction, et qu’elle se  rapproche ainsi de plus en plus de l’objectif fixé.

C’est aussi une manière d’étalonner le temps dont on sait qu’il constitue une donnée essentielle pour atteindre le but que l’on s’est fixé. Tout le monde peut réussir son rêve à condition de s’en donner les moyens et de maîtriser le temps. La précipitation, l’impatience ou l’absence d’intégration du facteur temps augmentent les risques d’erreurs et favorisent  le découragement.

Souvent se pose la question du type de l’objectif à choisir: faut-il être très ambitieux et avoir moins de chance d’y parvenir ou être plus réaliste mais avoir plus de chance de l’atteindre ? Dans une certaine mesure le choix de l’objectif doit être adapté au degré de passion de la personne. Des compétences sans passion ne suffisent jamais à la réalisation de grands desseins. La passion débouche en revanche presque systématiquement sur de la compétence. La passion, ce n’est pas avoir vaguement envie de réussir, c’est organiser toute sa vie pour atteindre son but.

 

2°) Exprimer sa passion :

Cultiver la motivation chez une personne nécessite d’apparaître soi-même passionné par ce qu’elle fait et de le lui faire ressentir. C’est le moteur qui lui permettra d’avoir d’avantage envie de réussir. Elle percevra ainsi l’ensemble des plaisirs recelés par son activité.

Lorsqu’on aborde la transmission de passion, on pense aussitôt à ces grandes lignées familiales de professeurs, de juristes, de dirigeants d’entreprises, de médecins… voire de musiciens. Or, la transmission génétique des capacités professorales, juridiques, de management, médicales ou musicales, n’est pas prouvée. Simplement, dès leur plus jeune âge, les enfants ont évolué dans un environnement où  leurs parents parlaient de leur métier avec passion.

Toutefois, il faut aussi avoir conscience que ce qui peut jouer dans un sens peut aussi jouer dans l’autre. S’il est possible de transmettre de la passion assez facilement, on peut aussi diffuser, si l’on n’y prend garde, des messages aux effets néfastes.

Parler entre amis, devant ses enfants, des éventuels chahuts organisés pendant sa scolarité, des cours « séchés », des « impasses » faites avant un examen ou un concours revient à dire que l’on ne considère pas comme essentiels le collège, le lycée ou la faculté. Vis-à-vis de ses enfants, on doit avoir été un collégien, un lycéen, un apprenti ou un étudiant sérieux.

 

3°) Encourager  encore et toujours :

Pour développer la motivation, il faut encourager encore et toujours, y compris une personne qui traverse une période difficile.

Dans ce cas, la difficulté est plus grande. Il va alors falloir s’attacher à repérer, au milieu d’une accumulation  d’échecs, un élément moins négatif, voire  positif, si possible. Il convient alors de se concentrer sur cet élément et observer sa moindre progression car aussi infime soit elle, c’est cette progression qui mise en avant avec insistance, permettra d’amorcer une nouvelle dynamique, positive. Il s’agit d’obtenir une sorte de contagion des petits succès qui diffuseront progressivement vers les secteurs les plus en difficulté au départ. Cette technique s’avère assez efficace pour les  personnes qui éprouvent des difficultés à reprendre une activité professionnelle. Il faut en effet absolument éviter, dès le départ, d’insister sur le fait que leur capacité de travail est effondrée, que cela est catastrophique, et qu’ils s’enfoncent de jour en jour dans l’échec. Conduire quelqu’un à la réussite, en le motivant impose d’apprendre à parfois se satisfaire de peu, au départ. C’est à ce prix que demain, l’entreprise sera, non plus forte de la compétence de ses cadres, mais solide en raison des synergies que ceux-ci auront su créer avec l’ensemble de leurs collaborateurs.

Nous l’avons vu, il faut savoir insister sur les points forts et passer sous silence les points faibles. Cela ne signifie absolument pas qu’il faille tout accepter et ne jamais sanctionner. Quelqu’un qui progresse et qui fait des efforts peut faire une erreur. Il faut alors le lui dire avec habileté, sans agressivité, simplement pour que demain, il soit encore meilleur.

Quelqu’un qui ne progresse pas et qui fait faute sur faute doit être sanctionné, sinon c’est l’ensemble de l’équipe qui se démobilisera.

Passer sous silence les points faibles peut paraître évident mais n’est pas facile à une époque où l’on imagine que la performance vient de la réduction voire de l’absence d’erreur. Cela est vrai à l’échelle de la mécanique mais faux au niveau de l’espèce humaine.

La performance mécanique est en grande partie la résultante des solutions apportées aux dysfonctionnements, au fur et à mesure où ils se produisent.

La « performance humaine » n’obéit pas aux mêmes règles. Or, on a parfois pensé que la transposition était possible et qu’elle était la clé du succès. 

 

D’ailleurs, sur le site canadien, “PasseportSanté.net”, on peut lire que « des études ont indiqué que les encouragements au travail ont un effet protecteur contre les troubles psychiatriques. À l’inverse, une absence de soutien augmenterait de 31 % et de 43 % respectivement le niveau de stress et d’anxiété chez les hommes et les femmes ».

Les références des études en question : Stansfeld SA, Fuhrer R, Head J, Ferrie J, Shipley M, Work and psychiatric disorder in the Whitehall II Study, Journal of psychosomatic research, juillet 1997, Vol. 43, No 1, 73-81.

 

4°) Eviter la pression d’enjeu :

« Si tu n’a pas ton bac, tu ne pourras pas poursuivre tes études et, à notre époque, tout sera plus difficile ».

« Si on gagne, nous sommes qualifiés pour la finale ».

« Dépêches-toi, ce patient va de plus en plus mal ».

L’enjeu et la pression qui s’attachent à ce type de formules employées machinalement le plus souvent permettent en général d’obtenir des effets inverses à ceux escomptés. En « mettant la pression », on augmente le stress. Et comme parallèlement, on ne motive pas, c’est le contraire de l’effet recherché qui se produit.

Il convient à l’inverse de diminuer ce qu’il est coutume d’appeler la pression d’enjeu.

Si un lycéen passe le bac, on aura tout intérêt à lui parler de la profession qu’il compte exercer par la suite, des études passionnantes à suivre pour y parvenir,... le bac ne devenant alors qu’une étape à franchir dans un processus qui permet de projeter  à plus long terme, sur l’objectif final. Il s’agit ici de relativiser l’épreuve à franchir dans l’immédiat.

Si on augmente la pression exercée sur  un joueur juste avant un acte décisif comme un penalty lors d’un match, on compromet très sérieusement ses chances de succès. Il est important d’avoir parlé de cette hypothèse avec l’ensemble des joueurs avant le match,  et de l’avoir, au contraire, relativisée.

Dans une salle d’urgence, il s’agit avant tout pour un médecin de garder son calme et de démontrer  en permanence qu’il mesure et qu’il maîtrise l’enjeu. Tout ce qui peut, là encore et certainement plus qu’ailleurs, diminuer la pression est tout simplement … vital.

Le Maréchal Lyautey avait cette jolie formule : « lorsque la vie des hommes est en jeu, il faut en faire un jeu pour qu’ils oublient l’enjeu ». Dans certaines circonstances, notamment lorsque des vies sont en jeu, la pression est telle qu’il est nécessaire de transformer la réalité en version ludique afin de mettre toutes les chances de surmonter l’obstacle de son côté. Et si certaines salles de garde connaissent une ambiance où les propos sont parfois sujets à des dérives bien connues, n’est-ce pas finalement avant tout un moyen destiné à contrôler l’enjeu ?

 

5°) Transformer le stress en énergie :

Souvent, c’est malheureusement l’inverse qui se produit tant il est facile de transmettre à ses collaborateurs son propre stress. Il n’en résulte pas un bien-être pour autant et l’entourage en subit systématiquement les répercutions néfastes.

Voyons cet exemple. Un homme d’une trentaine d’année travaille dans un service « achats » d’une grande entreprise et doit négocier durement les prix des matières premières. Il appréhende ces négociations et, avant de les conduire, a besoin d’être rassuré par son supérieur hiérarchique. Le jour dit, son chef de service, lui-même rendu inquiet par une réunion à venir à la direction générale, explique à notre jeune employé que s’il fallait qu’il lui tienne la main en permanence, il lui serait plus facile de faire le travail lui-même. Là, il n’y a pas vraiment eu transformation du stress initial du collaborateur en énergie, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le collaborateur, déjà fragilisé par ailleurs, va consulter le soir, après le travail, car il sent que sa « situation d’échec professionnel » est susceptible de retentir sur son état de santé.

Il explique alors que le problème vient de lui, car depuis toujours, il éprouve des difficultés relationnelles qui s’expriment plus vivement notamment dans les périodes de négociation liées à son activité professionnelle. Il développe son propos et explique sa situation par une timidité maladive et un sérieux manque de confiance en soi.

« Mon supérieur hiérarchique a raison », confie-t-il « je ne progresse pas avec le temps et j’ai autant besoin d’être rassuré maintenant qu’il y a six mois ou un an ; j’ai besoin d’être guidé, en permanence ».

Visiblement deux éléments  inquiètent plus que tout autre cet homme : sa timidité et le manque de confiance en lui.

Il est alors possible de lui expliquer le lien entre les deux et la possible transformation de ses soi-disant faiblesses  en atouts.

La personne timide est, d’une manière générale, plus sensible que les autres.  Et lors d’un échange verbal, elle dispose d’une capacité à engranger des informations d’apparence accessoires bien supérieures à une personne plus sûre d’elle. De ce fait, elle va disposer de points de repères en mesure de la guider au cours de l’entretien. Ce qui était perçu comme une « faiblesse » ou comme un inconvénient devient un atout majeur dans le cadre d’une activité professionnelle relationnelle. Une fois que la personne timide est consciente de cette force, elle ne va plus se focaliser sur ses craintes lors d’un entretien mais se concentrer sur la récupération d’indices destinés à mieux cerner les réactions de son interlocuteur afin de pouvoir les anticiper et de contrôler plus efficacement l’entretien. Dans ce cas, le stress peut donner de l’énergie !

 

6°) Manifester de la considération :

On ne peut pas cultiver la moindre once de motivation chez une personne si on ne la considère pas. La considération et le fait de l’exprimer de manière franche constituent des clés majeures de la motivation. A l’inverse, l’absence de considération, ou ce qui peut être perçu comme tel, peut parfois développer des réactions vives.

Dans entreprise, la considération est gage de cohésion et le lien de corrélation est proportionnel.

Mais ce qui se vérifie au sein de l’entreprise est en fait transposable et vrai dans tous les domaines. Nous connaissons tous des professeurs formidables qui permettent à des jeunes de réussir leur scolarité parce qu’ils savent trouver les mots justes, proférer les encouragements au bon moment et leur porter l’attention nécessaire. L’élève se sent alors considéré, exister et se montre prêt à fournir les efforts nécessaires à l’amélioration de ses résultats scolaires.

Sur le site canadien « Femmes en santé », une nouvelle étude très intéressante vient d’être résumée.

En une phrase, « les femmes qui font état de beaucoup de stress et d’un faible niveau de soutien social durant la grossesse » « augmentent le risque de travail prématuré et d’éclampsie ».

On a déjà parlé de l’influence du soutien social sur le bien-être à l’occasion d’une étude qui avait montré qu’une absence de soutien augmenterait de 31 % et de 43 % respectivement le niveau de stress et d’anxiété chez les hommes et les femmes.

En résumé, si on a un faible niveau de soutien social, on aggrave l’effet du stress et en plus on a une toxicité directe liée à cet état.

On mesure bien l’intérêt de renforcer el soutien social, surtout quand stress est important et pratiquement inévitable.

 

7°) Transmettre de l’optimisme :

Cette tendance à prendre les choses du bon côté pour déboucher sur une sorte de « contagion de l’optimisme » est indispensable aux individus et à notre société, actuellement plutôt portés au pessimisme. Une attitude résolument  optimiste est en fait indispensable pour  avoir confiance en l’avenir et pour donner l’envie d’aller vers un futur meilleur. Car, l’un des éléments moteurs de la motivation est bien la conviction d’aller vers un avenir encore plus souriant que le temps présent. D’aucun pourrait être tenté de prétendre qu’il y  a subterfuge car on argumente sur des éléments hautement hypothétiques. Ce qui est certain, c’est que tous ceux qui ont marqué notre temps ont fait preuve d’un optimisme exceptionnel.

Un grand savant faisait récemment remarquer que « nous avons un devoir d’optimisme ». Il sait pertinemment que seul l’optimisme peut permettre à une personne de mobiliser l’énergie nécessaire pour aller vers une réussite inaccessible autrement. Or, autant il est facile de se laisser glisser vers le pessimisme, autant l’optimisme est une conquête. Et l’on a parfois besoin d’être encouragé à … conquérir. Le philosophe Alain résumait cette tendance en une phrase : « Le pessimisme est d'humeur; l'optimisme est de volonté ». Nous ne pouvons que souscrire à la formule. L’optimisme aide à transformer les soucis en défis. Le fondateur d’une grande agence de communication me rapportait un jour, « il ne faut pas voir un projet tel qu’il est mais tel qu’on voudrait qu’il soit ». Belle formulation !

Et pour en revenir au stress, on retrouve là encore le parallèle entre la nécessité de la motivation et la lutte contre le stress. En effet, les docteurs Pierre et Henri Lôo, dans leur ouvrage, « Le stress permanent » observent que la personnalité optimiste « intervient comme appoint correcteur du stress ». Ces deux psychiatres martèlent le message : « les pessimistes ont toujours raison  -peut être dans la mesure où ils contribuent au malheur ! Aucune certitude n’est absolue, l’intelligence se doit d’être dubitative. Contre l’évidence, contre sa propre conviction, être rassurant est une attitude thérapeutique et une éthique humaniste ».

 

8°) Convaincre :

Pour motiver un collaborateur, il ne suffit pas de lui dire qu’il est en route vers un avenir meilleur, encore faut-il l’en convaincre.

Il est pour cela utile de faire appel à des liens logiques forts dans son argumentaire. Dire à une personne  timide, « vous allez réussir car le fait d’être timide n’empêche pas l’intelligence et le courage», est insuffisant pour la convaincre car le lien logique entre l’affirmation « vous allez réussir » et l’argument « la timidité n’altère ni l’intelligence, ni le courage » n’est pas d’une très puissante évidence. Cette personne est parfaitement consciente d’avoir une forme d’intelligence et d’être courageuse mais, elle sait surtout qu’elle est paralysée par sa timidité.

A l’inverse, si l’argumentaire reposant sur le fait que les concurrents sont moins bien placés  car l’entreprise bénéficie d’un meilleur esprit d’équipe qui permettra, le moment venu, de mobiliser d’avantage les énergies, est beaucoup plus  crédible.

Une autre technique utile pour convaincre repose sur des tournures de phrase qui emprunte une formulation positive. Cette règle s’avère d’une redoutable efficacité, tant chez le collégien que chez l’adulte.

Si l’on dit à un collégien, « tes résultats ne sont pas mauvais », on le démobilise car il sera marqué par les éléments négatifs de la phrase. Si l’on dit à un collaborateur « l’entreprise se développe très vite si bien que je vais bientôt changer de poste, j’aimerais que tu me remplaces car tu es celui qui connaît le mieux le sujet », on est plus efficace que si on lui assène : « je vais devoir abandonner mon poste et tu pourrais me succéder. Après tout ce n’est pas si difficile et puis, tu as souvent été à mes côtés, tu en connais toutes les misères ».

Enfin, cette méthode s’appuyant sur des formulations positives gagne considérablement en efficacité lorsqu’elle s’accompagne d’un effort destiné à se situer sur le même canal de communication que son interlocuteur. C’est le principe  de la programmation neurolinguistique. En repérant les mouvements oculaires ou le profil des mots utilisés par la personne que l’on a en face de soi, il est possible de trouver son canal de communication. En se situant sur ce même canal, le message passe mieux.

 

 

Et malgré ces huit règles cardinales de la motivation,, on ne peut pas se motiver seul…

Lorsque chacun regarde sa propre expérience ou s’intéresse au parcours des personnes d’exception, on prend aisément conscience que nul ne réussit seul. Il y a une constante qui veut qu’une autre personne est presque toujours à l’origine de cette réussite car elle a su trouver les ressorts que l’Homme a en lui. C’est un regard que ce « bienfaiteur » qui parfois s’ignore pose au moment déterminant, un conseil qui ouvre une perspective riche de promesses nouvelles, les mots qui apportent la sérénité dans une période charnière...  On peut alors s’apercevoir que, parfois sans le savoir, la personne à l’origine de cette aide a spontanément appliqué les règles qui permettent de  motiver. Cette personne peut être un membre de la famille mais, le plus souvent, le soutien émane de l’extérieur. Combien de personnes ont alors réussi, parfois à un très haut niveau, suite à la rencontre d’une personne déterminante qui a su trouver les clefs permettant à un enfant en difficulté, à un adolescent en proie au mal-être, à un étudiant inquiet de son avenir ou à un sportif doutant de ses qualités,...de donner le meilleur de soi-même ? Il y a matière ici à explorer, à l’échelle collective, de nouvelles pistes pour construire un avenir où chacun aurait sa chance.

 

Sur le site canadien, « Psychomédia », un article en date du 7 avril 2008 est très important. Il se réfère à une étude récente menée par l'équipe de recherche dirigée par Dr. Lee Berk de l'université Loma Linda en Californie et présentée à la rencontre annuelle de la « American Physiological Society ».

Il s’avèrerait que le rire diminue les hormones du stress. Cela vient apporter de l’eau au moulin de ceux qui pensent que le plaisir diminue la toxicité du stress.

Dans ce cas, on peut aller jusqu’à penser que le plaisir inhérent à un management de grande qualité ou à une organisation modèle ou encore à un engagement perçu comme essentiel, est en mesure de diminuer la toxicité du stress.

« L'anticipation du rire réduit aussi la libération de trois hormones de stress potentiellement dommageables : les niveaux de cortisol (appelé hormone du stress), d'adrénaline (ou épinéphrine) et de dopac (métabolite de la dopamine qui aide à produire l'épinéphrine) étaient réduits de 39%, 70% et 38% comparativement aux participants du groupe contrôle qui n'anticipaient pas de visionner un vidéo d'humour. Une diminution progressive des niveaux de ces hormones était constatée durant le visionnement ».

« Des niveaux chroniquement élevés de l'hormone de stress peuvent affaiblir le système immunitaire. Un bienfait du rire pour la santé peut ainsi être d'aider à prévenir les effets du stress chronique sur l'organisme ».
   

 

Un article paru le 28 août 2008, sur le site Internet du « Center for the advancement of health » aborde une étude du Professeur Siahpush, professeur de promotion de la santé à l’Université de Nebraska (U.S.A.).

Cette étude, parue dans la revue de Septembre - Octobre de l’American Journal of Health Promotion, montre l’influence indiscutable du bonheur et de la satisfaction de la vie sur la santé !

Cette étude a été réalisée auprès de 10000 australiens et l’on s’est aperçu que les personnes qui se déclaraient très heureuses et globalement satisfaites de leur vie en 2001 étaient celles qui étaient en meilleure santé en 2004.

Les gens satisfaits de leur vie en 2001 étaient 1,6 fois plus nombreux à être en excellente, très bonne ou bonne santé en 2004.

Ces résultats sont d’autant plus intéressants qu’ils sont indépendants d’autres facteurs pouvant influer sur la santé : l’âge, le tabagisme, la pratique du sport ou la consommation d’alcool.

Nous avons trouvé des preuves solides que le bonheur et la satisfaction de la vie ont un effet sur nos indicateurs de la santé” a déclaré le Professeur Siahpush.

 “Il y a des indications qui montrent que si vous devenez plus heureux et satisfait de votre vie, vous avez tendance à devenir plus sain ainsi» affirme le Professeur Siahpush.

Voilà une nouvelle preuve de la nécessité de cultiver le plaisir à tout niveau, y compris professionnel.

 

Conclusion : Motivation et philosophie

 

Les travaux d’Alice Miller montrent, notamment dans « Le drame de l’enfant doué », comment un enfant trop soumis aux désirs de ses parents par crainte de perdre leur amour peut sombrer dans l’angoisse et l’ennui car il n’est plus conscient de son vrai désir. Or, c’est le vrai désir qui est source de motivation. Et s’il n’y a pas motivation, il y a angoisse et ennui.

 

Si l’on repense à un philosophe comme Spinoza, dans la notion de conatus (le désir de chacun de persévérer dans son être), on retrouve cette projection dans l’avenir dans une éthique de bonheur.

Chez Spinoza, tout ce qui va augmenter notre conatus, va provoquer de la joie. Inversement, tout ce qui va le diminuer va générer de la tristesse.

Là encore, on voit bien que tout ce qui va augmenter la motivation de l’individu sera source de joie.

          

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